Même les fabricants de boutons-poussoirs ne cesseront jamais d’innover !

Rien n’est plus simple que d’appuyer sur un bouton-poussoir ou d’activer une commande manuelle. Ce geste élémentaire et à peine conscient mérite-t-il l’attention des innovateurs ? Pourquoi ne pas reléguer ces objets au catalogue vintage des technologies du XXe siècle, alors que chacun d’entre nous a un écran tactile dans la poche ? Alors que l’industrie du métavers prépare une expérience utilisateur révolutionnaire dans un monde virtuel ou augmenté ?

Le bouton-poussoir, et par extension toute commande manuelle, a un bel avenir devant lui, à condition de porter un regard neuf sur cet objet du quotidien. Quelques indices nous ont laissé penser que la commande manuelle ne serait jamais une technologie révolue :

  • Les chercheurs ont observé que les êtres humains décident plus rapidement lorsqu’ils sont confrontés à une commande manuelle qu’à un écran tactile.
  • Les ordinateurs et les téléphones ont généralement conservé un bouton « marche-arrêt ». Microsoft a tenté de le supprimer, mais sans succès.
  • Les écrans tactiles sont dotés d’un retour haptique, qui renvoie une impulsion aux doigts et donne l’illusion que l’on a actionné un bouton manuel.

Pour nous en convaincre, décomposons la banale séquence du « déclenchement d’une commande manuelle ». Bien qu’elle dure souvent une fraction de seconde, elle est constituée d’une dizaine de séquences. Le tableau reprend ces séquences et illustre les modalités et les problèmes possibles auxquels un utilisateur peut être confronté.

SéquenceModalitéProblèmes rencontrés
1. Je peux localiser le contrôle au premier coup d’œil– Bouton d’une couleur différente de celle de la base
– Bouton rétro-éclairé
– Boutons d’allumage sur le bord ou à l’arrière des écrans plats.
2. La commande est facile à atteindre– Placement sur le volant, le tableau de bord, le rétroviseur– Utilisation fréquente bouton trop éloigné de l’utilisateur (commandes d’autoradio)
3. Je comprends à quoi sert le contrôle– Bouton d’arrêt d’urgence rouge et visible sur les machines industrielles
– Bouton unique sur la porte du train, qui s’allume lorsque le train est à quai.
– Pictogramme inhabituel et mal compris.
– Plusieurs commandes de foudre similaires placées côte à côte sur un mur.
– Boutons utilisés pour plusieurs commandes, en fonction de l’activation d’autres boutons (commandes de la chaudière du chauffage central).
4. Je sais comment utiliser ce bouton– Appui long
– Donner une simple impulsion
– Incliner le levier
– Les formes, les couleurs, les matériaux indiquent la zone de préhension de la commande (élastomère doux au toucher)
– La forme ronde du bouton suggère à tort qu’il faut le tourner et non pas appuyer dessus.
– Après avoir tourné le bouton pour sélectionner un mode dans un menu, il faut appuyer au centre pour confirmer le choix.
5. Je comprends quand le bouton est « allumé » ou « éteint »– Résistance à la poussée des doigts.
– Couleur verte ou rouge
– Indicateur de mise en marche placé sur le panneau de commande
– Pas de retour visuel sur l’état d’activation, ni sur l’écran, ni sur la position du bouton.
6. Je peux facilement ajuster le bouton s’il est muni d’une échelle.– Essuie-glace de voiture à plusieurs vitesses
– Lampadaire avec variateur de lumière
Comprendre les degrés de réglage (boutons rotatifs pour sélectionner les programmes du lave-linge).
7. Les mouvements pour atteindre le bouton sont naturels– Nombre de muscles corporels concernés.– Activation du klaxon au volant.
– Ouverture du capot avant de la voiture
8. Je sais quand et comment arrêter d’appuyer sur le bouton– Vous êtes rassuré de savoir que la commande a été envoyée.– Aucun signal (sonore, haptique, lumineux) ne confirme l’envoi de la commande.
9. Je fais confiance à ce bouton– Évaluation globale de la clarté de la fonction, de l’accessibilité, de la rapidité entre la libération et l’activation de la fonction, et de la fiabilité.– Délai d’une minute entre l’activation du tapis chauffant du siège de voiture et la sensation de réchauffement du corps.
10. L’utilisation du bouton est agréable et gratifiante– Appréciation globale de l’harmonie de l’aspect visuel, des couleurs et des matériaux, du son, de l’haptique, de la rétroaction des signaux.– Inadéquation stylistique entre le bouton-poussoir et l’équipement d’éclairage domestique

La combinaison d’expériences par bouton-poussoir qui peut être offerte à l’utilisateur est infinie. Le risque de créer une expérience décevante pour l’utilisateur reste également élevé, en particulier dans la phase critique de la première utilisation.

Le potentiel de création de valeur à partir du contrôle manuel existe, si l’on redonne au produit toute sa dimension sensorielle et intuitive, dans le but d’accroître le sentiment de maîtrise de la machine par l’utilisateur.

Ce n’est pas négligeable, compte tenu des efforts déployés par les employeurs pour attirer, recruter et former du personnel d’atelier capable de faire fonctionner des machines de plus en plus complexes.

Face aux incantations sur la montée irrésistible de la numérisation et de la virtualisation, les fabricants d’équipements à interface homme-machine peuvent, s’ils le souhaitent, prendre l’offensive et revisiter le sujet, en ajoutant à leur expertise produit de nouvelles compétences en design industriel, en marketing, en ergonomie, pour aider au diagnostic et à la prise de décision éclairée de l’opérateur.

Cela nécessite un changement d’objectif : au lieu de proposer des systèmes de plus en plus complexes et performants, il faut aider les utilisateurs quotidiens à maîtriser rapidement le système complexe qu’ils utilisent tous les jours.

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